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CIEL UNIQUE EUROPEEN ET BREXIT 1

Pour Michel Barnier, le négociateur européen pour le Brexit, un Brexit sans accord ( no deal ) impliquerait pour le Royaume-Uni de quitter le « ciel unique européen ».

Voici quelques éléments qui devraient nous permettent de comprendre les difficultés et les risques de ce Brexit qui se fait tant attendre.  » why is it taking so long ?! » s’est exclamé la Reine .

Le Royaume-Uni dans l’aviation civile 

  • 2ème plus grand secteur aérospatial du monde, générant 32 milliards de Livres de chiffre d’affaires. ( ADS 2017, Industry facts and figures.)
  • 1er aéroport européen Londres Heathrow.
  • 1er volume de passagers traités en Europe ( 265 millions par an ).
  • Influence mondiale de premier plan via 50 ans de règlementation commune pour l’aviation en Europe comme membre de l’Agence Européenne de Sécurité Aérienne (AESA).
  • 14000 employés sur 25 sites qui fabriquent toutes les ailes ( plus de 1000 par an à Broughton ) des avions AIRBUS.

http://aerosociety.eu

Le Royaume-Uni dans l’aviation militaire

  • dépenses militaires totales en 2017 53 milliards de dollars US. L’aviation représentant environ 40% , soit 20 milliards.
  • Le budget européen est de 300 milliards , donc le Royaume-Uni représente 18% .
  • 5eme plus gros budget militaire au monde. ( US : 600 Milliards USD, Chine 145, Russie 59, Arabie Saoudite: 57, UK: 53, Inde:51, Japon:47, France: 47)

http://assets.publishing.service.gov.uk

Problématiques et risques attachés au Brexit

A- Aviation civile 

Le 15 juin 2017, Michael Huerta, administrateur de l’Agence Fédérale de l’Aviation américaine ( FAA) déclarait lors d’un discours devant les membres du Club de l’Aviation Britannique :  » au moment de sa sortie de l’Union Européenne, le Royaume-Uni n’aura plus de statut dans l’accord de sécurité aérienne US-UE. Il faudra donc réactiver l’accord bilatéral de sécurité aérienne US-UK, largement dormant aujourd’hui, ce qui sera faisable mais prendra du temps et dépendra de la clarté des relations entre le Royaume-Uni et l’Agence Européenne de Sécurité Aérienne ( EASA )

  • EASA , agence de la Commission Européenne, créée en 2002, 27 pays membres ( UE moins UK ) budget 140 millions Euros venant pour 66% de l’industrie aéronautique, 26% du budget de l’UE et 8% autres ( services ).

Domaines de compétences de l’EASA :

  • certification processus de maintenance des avions.
  • certification des pièces détachées.
  • certification des compagnies aériennes. ( risque délocalisation des sièges sociaux comme EasyJet qui a ouvert un siège européen à Vienne ( Autriche) en 2017 pour ses 110 avions  volant en Europe .)
  • certifications pilotes et ingénieurs.

Compte-tenu de l’ensemble des compétences couvertes par l’EASA, la quitter signifierait pour le Royaume-Uni :

  • coûts élevés pour le retour à une agence nationale estimé à 5 à 10 ans pour retrouver les compétences ( 300 ingénieurs) nécessaires à la prise en charge des responsabilités transférées en retour par l’EASA.
  • coûts élevés pour l’industrie à cause du nouveau processus de certification à mettre en place.
  • Sortie du Ciel Unique Européen et mise en place d’une « connectivité aérienne basique »
  • perte d’influence globale et perte d’expérience à cause de l’isolement.
  • perte de vitesse dans l’amélioration de la sécurité aérienne car le Royaume-Uni n’aurait pas accés aux bases de données européennes ( big data ).

http://aerosociety.com

B- Aviation militaire 

Le 16 septembre 2016, le sommet de BRATISLAVA se tient à 27 ( sans UK ), sur le constat que durant la dernière décennie les états de l’UE ont réduit leurs dépenses militaires de 12% et que le manque de collaboration entre les états membres a généré un coût annuel estimé entre 25 et 100 milliards d’Euros , décide de « commencer immédiatement à mettre en oeuvre la déclaration commune UE-OTAN. »

http://ue.delegfrance.org

Juin 2017 créations du Fond de Défense Européen, doté d’un budget annuel de 5,5 milliards Euros , 25 membres de l’UE sauf, UK, Malte et Suède. Structure du Fond : états membres, Agence Européenne de Défense, Commission et l’Industrie.

Décembre 2017, le conseil européen créée PESCO ( PErmanent Structural COoperation) doté d’un budget annuel de 5,5 milliards Euros à partir de 2020 ( budget du fond de défense européen ) dont la différence annoncée d’avec les autres formes de coopération est la nature légale qui lie les 25 membres dans leurs engagements.

http://pesco.europa.eu

Domaines de compétence de PESCO :

  • maritime
  • aérien
  • espace
  • terre ( infrastructures communes civil-militaire )
  • entrainements des armées.
  • cyber-guerre
  • capacité, mise en commun.

Pour ne prendre que l’un de ces domaines, l’entrainement des armées, le point de vue de Dim Jones, directeur Europe du magazine MS&T, dans son article du 2 avril 2019, décrit l’impact du Brexit et l’importance de l’armée britannique en concluant que l’UE se tirerait une balle dans le pied en se passant des forces armées probablement les plus efficaces ( sinon l’une des deux plus efficaces ) en Europe.

http://militarysimulation.training/articles/the-brexit-impacts-on-the-uk-eu-nato-training/

Mais une étude de CARNEGIE Europe, par Daniel Keohane, de mars 2018, sur la collaboration UE-OTAN après le Brexit montre le risque pour le Royaume-Uni de ne plus bénéficier de l’aide de l’UE en cas d’agression extérieure.

Cette étude montre aussi le risque pour l’OTAN, en cas de Brexit acrimonieux, d’une scission en deux : une Anglosphère ( US et UK) contre une Eurosphère ( France, Allemagne, Italie, Espagne ) dans laquelle les autres pays devront choisir leur camp comme pour la guerre en Irak en 2003.

http://carnegieeurope.eu/strategiceurope/75861/

Jens Stoltenberg, le secrétaire général norvégien de l’OTAN dit sur la chaine américaine CNBC :  » nous accueillons favorablement les efforts de défense européens, mais pas comme une alternative à l’OTAN. » et sur la BBC  » après le Brexit, l’OTAN devient encore plus importante comme organisation qui reliera les pays alliés européens. »

ARRIERE PLAN:

L’aviation militaire continue son évolution et deux projets européens d’avion du futur ( 2035-2040) sont déjà dans les cartons. D’un côté le projet SCAF de Dassault et Airbus ( France et Allemagne, rejoints par l’Espagne ) et d’un autre côté le projet Tempest ( Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas et peut-être Suède ).

Monsieur Junker , président du parlement européen, déclare : » nous devons avoir une défense européenne totalement opérationnelle en 2025. »

Madame Florence Parly , ministre des armées, déclare à la revue Spectacle du Monde ( N° 617 du 25 avril 2019 ) dans le cadre d’une interview sur le Plan de Défense et de Riposte, en particulier au sujet de la cyber-guerre : » d’ici à 2025 nous compterons 1000 cyber-combattants supplémentaires. »

Et on apprend en avril 2019 que la Russie vient de déployer avec succès le plus grand système de détection et d’identification du monde sur un espace aérien de plus d’un million de kilomètres carrés, couverts par 25 stations, sur la totalité de ses frontières nord-ouest.

http://airtrafficmanagement.keypublishing.com/2019/04/04

Conclusion:

Est-ce que tous ces risques pour le Royaume-Uni et pour l’UE mais aussi pour l’OTAN ne vont pas être la justification pour les « élites » financières, industrielles et politiques pour pratiquer un déni de démocratie en s’inspirant de l’exemple français de 2005 ?

Le ministère du transport anglais déclare  » il est peu probable que le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne sans accord….cependant, nous nous engageons à remplir nos obligations de service aérien en accord avec les termes de la convention de Chicago et suivant les règles de l’OACI; » Le Royaume-Uni restera membre de Eurocontrol et préservera la sécurité aérienne européenne avec le même zèle.

http://airtrafficmanagement.keypublishing.com/2018/09/25

Et encore cette date buttoir de 2025 ….avant quoi ?

 

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